Notre ligne éditoriale, s’affirme polymorphe quant au registre pour embrasser les questions actuelles de l’identité et du devenir. Le genre de l’anticipation sociale y est investi pour aborder le sujet très contemporain de notre post-humanisme. Nous maintenons un attachement farouche à des vieilleries aimées, telles que le style et à la densité narrative. Nous assumons Un certain état d’esprit dans la manière, en roue libre, ouvert aux quatre vents. Il constitue notre méthode hasardeuse, dans le mode fictionnel de la fantaisie dystopique, pour révéler les enjeux de l’infalsifiable réel.
Dans le bruit des vérités contraires, la fureur consumériste, et l’état de stimulation permanente qui opacifient le panorama et nous éloigne d’une contemplation à notre mesure biologique, nous chercherons à décrire nos contorsions adaptatives du moment. Un moment de léger passage avide.
Présentation de Maël FRUCTUS. Auteur de la fantaisie dystopique, Le Majordrome.
‘JE’ ne vient pas de rien et ‘JE’ ne s’est pas fait tout seul.
Désolé mais le mythe très actuel et très enviable de l’auto engendrement, qu’introjectent en nos psychées – avec notre aimable complaisance – les ingénieurs en narcisisation des masses, tient peu devant l’argument qui suit :
‘JE’ n’est rien sans vous.
‘JE’ reste un multiple de l’altérité fantôme et vagabonde. ‘JE’ est un peuple qui contamine le dedans de soi, ‘JE’ est une cumulation d’êtres chers ou décotés, un chassé-croisé d’influences sœurs migrées du temps passé, percolées de la réalité actuelle, ou bien fuitées du futur vers l’entonnoir d’une seule âme. Ces existences d’avant, de notre entour… Elles nous habitent et bavardent ! ‘JE’ est l’être indivisible et seul qui doit composer avec ce chorus cacophonique intime. De cela il tire sa substance, sa pâte identitaire. Autrui et son bordel ambiant nous constitue. ‘JE’ vous doit donc beaucoup. Possiblement Tout.‘ Merci’. Mais avant de vous vouer à toutes déviantes dévotions…
Le JE ombilical.
Considérons la vérité controverse, elle se doit d’être entendue aussi, c’est le point de vue des apologistes du ‘JE’ ombilical, et toutes ses variantes solipsistes, car c’est sens commun, tout autant, que de dire ‘tout se tient dans le tiroir du ‘JE’’, l’univers, la lumière et les panzani… que dès lors ‘JE’ a une importance et pas des moindres… Capitale. ‘JE’ disparu et tout avec. Moi effacé et c’est comme si rien ne fût et n’avait jamais été, jamais. Alors oui on y reste très attaché à son petit Soi qui s’assoit sans plus d’émoi sur son Surmoi et qui contient rien de moins que la totalité du réel. Tout. Tout simplement. On ne voudrait pas ne plus être soudain. Surtout après y avoir goûté à cette expérience indicible qu’est le fait de se sentir ressentir… C’est aussi injuste que la devanture du magasin qui ne veut pas offrir tout ce qu’elle promet. Injuste qu’on nous reprenne ce fumet qu’on venait de goûter et auquel la pointe des papilles s’acclimatait à peine. Tous ces menus frissons d’être au monde même s’ils piquent un peu c’est quand même mieux que le néant qu’on appréhende bien fadasse. On se dit que l’on voudrait demeurer encore un peu ici dans l’espérance de jouir du sentiment océanique qui nous revient de droit. La promise harmonie cosmique. Même si tout va de mal en pis comme on se l’était auto-prophétisé, que le meilleur est ailleurs et de toute façon déjà pris ; que l’entropie sera trop pire, les colapsologues l’ont dit ; pour tous, et sans distinction de vertu, de talent ou de possession de la carte du magasin alors…
Simulacre de cognition.
Il n’en demeure pas moins un besoin programmatique du vivant. Celui de se disséminer et de perdurer. Celui d’avancer et de crier. Dans l’immobilité et le silence la banquise s’amenuise. Et, à ces bruissements internes précédemment évoqués et qu’il faut ordonner, synthétiser, et faire siens, la créature que nous sommes, est tenue de jouer des coudes donc, dans un autre brouhaha. Extérieur celui-là. De l’autre côté du mur. Celui très compétitif, celui du vacarme des pontifes agrémentés, des bavards sans savoirs, et autres experts biens suspects, auquel s’ajoute, comme si la gageure n’était pas assez élevée, l’automation du langage et son émergente capacité d’auto réduplication exponentielle. Ce simulacre de cognition qui menace de nous congédier après qu’il nous aura cartographié dans tous nos recoins ombragés pour nous refaire un peu plus loin, sans art et sans instinct. Et surtout, sans notre Moi.
Moi : intelligence organique. Tintamarre courtois
Nous en sommes venus au constat suivant : Tant pis s’il nous faudra rajouter du bruit au bruit. Nous ne pouvons décemment admettre de consentir sans mot-dire, ce serait concéder à la défaite, la soumission à un type bien déshonorant de grand remplacement. Celui de l’ordre fonctionnaliste crétin. Nous nous démènerons donc avec nos manières infalsifiables et anormales, nos archaïques et rustiques organes biologique car une chose est sûre, nous sommes portés par l’intelligence organique. Nos maigres bras d’indigènes-dandies percutent un rythme subtil et non moins tenace, celui d’un très stylé tintamarre courtois. Notre fantaisie dystopique.
Fantaisie dystopique.
Nous posons la posture de la haute dignité contre l’imposture des bons sentiments et de leur corollaire le nivellement au plus bas de contention. Nous optons pour la dérive fantaisiste, comme technique d’accès vers la sagesse par la pitrerie fédératrice. Nous concevons à cet égard, la fantaisie dystopique sans aucune familiarité avec la fantasy – aucune licorne n’aura été exploitée ici et donc n’aura à se prévaloir d’aucune maltraitance –) pour naviguer dans les eaux spéculaires de l’anticipation sociale. Nous traçons droit notre sillon de traverse, rivés à une ligne éditoriale qui épouse dans le registre, une versatilité des genres, pareillement à la vie, laquelle, bipolaire, respire son air par alternance entre retenue et relâche. Précision du mot apposée aux expressions à l’en l’emporte-pièce. L’aimable désuétude du style, la recherche d’un lexique précis, combinées à de triviales actualités.
Emerger dans la société de la divergence et du brouhaha.
Pour émerger donc, dans la société de la divergence et du brouhaha nous nous sommes donc recentrés sur plusieurs fondements. D’abord, la posture, critique et intuitive ; et ensuite dans l’observation, de ce monde mutant, il s’agit d’en relever très sérieusement les enjeux, particulièrement ceux qui ne paient pas de mine, les petites choses hâbleuses, les broutilles diaboliques, les déterminants discrets qui sont les véritables points de bascule.
Du point de vue du style, plutôt réactionnaire, nous tenons à garder vives des lubies inactuelles et teintées de glorieux atours telle que raviver la beauté étiolée des mots des morts et continuer à parler aux vivants. Dans l’approche sociologique ensuite, une certaine acuité ‘gonzologique’ [1]dirons-nous. Plutôt progressiste. Nous croyons en l’esprit de farce comme maïeutique philosophique et nous tenons à relever l’infatuation de la société des pseudo-experts. Nous souhaitons faire virevolter la crêpe des illusions actuelles.
Évidemment, il va sans dire que nous nous gardons de tout recours à la majoration technologique. Ici que de l’émotion d’homo-sapiens, un labeur lent, nous visons la belle ouvrage. Tout autant dans le façonnage de ce fond, sa forme concrète, celui de nos livres. Elle est réalisée par un artisan local.
Nous destinons nos ouvrages à un plaisir unique et assurément humain. Universel, jouissif et de haute volée. Parce qu’on ne prend pas nos lecteurs pour des canards de Vaucanson.
[1] Gonzo comme E Goffman , Hunter S Thomson.
Maël FRUCTUS est né à Topignac, une ville imaginaire. Malgré cette difficulté initiale, il s’en est plutôt bien sorti et, avec pugnacité et un sens inné de l’effort, il réussit à prendre corps et à s’infiltrer dans la réalité s’y faisant une place de choix, quoique relativement permutable avec d’autres. Les années passant, il s’est accommodé du monde véritable au point d’en devenir un scrutateur engagé et d’en défendre l’essence subtile, la rugosité et la suavité inégale du revêtement. Il a grandi dans le sud de la France et arpenté d’autres prolongements sur la cartographie où il séjourna: l’île de la Réunion, le Canada. Ici et là, il s’est propulsé par goût et selon les occurrences du destin à travers des secteurs professionnels liés à l’accompagnement des personnes, la communication.
L’approche du romancier se veut ludique et travaillée. Plus proche de la marqueterie que de la market-litterature. Il la conçoit universelle, populaire et relevée, dans le sens d’une histoire qui fédère au plus haut et emmène au plus loin. Il pense sérieusement qu’il faut jouer l’idiot fictionnel si l’on vise à peindre la vérité, que c’est une stratégie pour parler de choses sérieuses défaites des frusques dogmatiques. Ainsi peut-on plus sûrement se donner les moyens de dépoiler l’imposture.
Ses influences vont puiser des philosophes antiques aux contemporains de l’anticipation sociale. La forme prend aux littératures de l’imaginaire et du récit conventionnel par le biais desquels il investit les enjeux d’un monde qui se défait et refait plus vite que les nuages ne se composent un nouvel animal.